On croit connaître Kippour par le jeûne. La Michna, elle, décrit d'abord une journée de travail : celle d'un homme seul qui entre une fois l'an là où personne n'entre, pendant que dehors le peuple compte les secondes.
א
Station par station.
Choisissez une station. Le texte de la Michna apparaît, dans sa langue et dans la vôtre.
« Sur l'un est écrit : pour le Nom. Sur l'autre : pour Azazel. »
Michna Yoma 4:1
Deux boucs identiques, achetés ensemble, de même taille et de même prix. Rien ne les distingue jusqu'à ce que la main tirée au hasard décide lequel monte à l'autel et lequel part au désert. Le peuple répond alors : béni soit le nom de la gloire de son règne.
« Il amoncelle l'encens sur les braises, et toute la maison s'emplit de fumée. »
Michna Yoma 5:1
Une fois l'an, un seul homme franchit le rideau. La Michna précise que la mesure de l'encens est celle de ses propres mains : le grand selon sa grandeur, le petit selon sa petitesse. Le rite est le même pour tous, l'instrument est le corps de celui qui l'accomplit.
« Il ne prolongeait pas sa prière, pour ne pas effrayer Israël. »
Michna Yoma 5:1
C'est la ligne la plus humaine de tout le traité. Dehors, le peuple compte les secondes. Si le Cohen Gadol tarde, on en conclura qu'il est mort à l'intérieur. Sa prière doit donc être brève, non par manque de ferveur, mais par égard pour ceux qui attendent.
« On dressait des estrades, et l'on agitait des étoffes. »
Michna Yoma 6:8
Trois milles séparent Jérusalem du bord du désert. Pour savoir que le bouc est arrivé, on poste des hommes sur des estrades tout au long du chemin, et ils se passent le signal en agitant des tissus. Un télégraphe de foulards, deux mille ans avant le télégraphe.
« Quand le bouc atteignait le désert, la langue de laine blanchissait. »
Michna Yoma 6:8
Un fil teint en écarlate est noué à l'entrée du sanctuaire. À l'instant où le bouc arrive, il change de couleur. Rabbi Yichmaël rattache le signe au verset d'Isaïe : si vos fautes sont comme l'écarlate, elles blanchiront comme la neige.
ב
Les cinq interdits.
La Michna en énumère six, la tradition en compte cinq : manger et boire ne font qu'un.
1אֲכִילָה וּשְׁתִיָּהManger et boire
2רְחִיצָהSe laver
3סִיכָהS'oindre
4נְעִילַת הַסַּנְדָּלPorter le cuir
5תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּהL'union conjugale
Ce que la même michna ajoute, et qu'on cite rarement
Rabbi Éliézer accorde trois exceptions : le roi et la jeune mariée peuvent se laver le visage, et la femme qui vient d'accoucher peut se chausser. Le roi pour sa dignité, la mariée parce qu'elle est dans son premier mois, l'accouchée parce que le froid la ferait souffrir. Puis vient la phrase la plus brève du traité : et les sages interdisent. Trois égards humains proposés, trois refusés, et les deux avis conservés côte à côte.
Michna Yoma 8:1
ג
Le jour où le fil a cessé de blanchir
Le fil écarlate n'a pas toujours blanchi. Une braïta du traité Yoma rapporte que pendant les quarante années qui ont précédé la destruction du second Temple, quatre signes se sont éteints ensemble : le sort pour le Nom ne montait plus dans la main droite, le fil ne blanchissait plus, la lampe occidentale du candélabre ne brûlait plus, et les portes du sanctuaire s'ouvraient d'elles-mêmes.
Rabban Yohanan ben Zakkaï finit par s'adresser au bâtiment lui-même : sanctuaire, sanctuaire, pourquoi t'effraies-tu ? Je sais de toi que tu seras détruit.
Et le Talmud ajoute une étymologie qui éclaire tout le reste. Pourquoi le Temple est-il appelé Levanon ? Parce qu'il blanchit les fautes d'Israël. Le fil ne faisait donc qu'afficher au dehors ce que la maison portait dans son nom.
On la croit funèbre. La Michna Beroura dit l'inverse. Le prophète demande d'honorer le jour saint de l'Éternel, et ce jour, écrit-elle, c'est Kippour. Or une fête s'honore par un repas. Celle-là ne le peut pas. On l'honore donc par des vêtements propres et par la lumière : la bougie remplace le repas.
Il y en a deux, et la seconde est bien pour les morts. Le Rama demande d'allumer aussi une bougie d'âme pour son père et sa mère. La Michna Beroura explique à quoi elle sert, en deux mots : pour les expier. Ce n'est pas un souvenir, c'est une réparation, et Kippour pardonne aussi à ceux qui ne sont plus là.
Le Rama ajoute enfin ce qu'il faut faire si elle s'éteint dans la journée. On ne la rallume pas, et l'on ne demande à personne de le faire. On la rallume à la sortie de Kippour, on la laisse brûler jusqu'au bout, et l'on s'engage pour tous ses jours à ce qu'elle ne soit plus jamais éteinte.
גַּם נֵר נְשָׁמָה לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ שֶׁמֵּתוּ
Choulhan Aroukh, Orah Hayim 610:4, glose du Rama · Michna Beroura 610:9 et 610:12
ה
Les sources, une par une.
Tout ce qui est cité sur cette page a été lu dans le texte, sur Sefaria. Rien n'est cité de mémoire, rien n'est vocalisé par nos soins.
Michna Yoma 4:1Les deux sorts
Michna Yoma 5:1L'entrée
Michna Yoma 5:1La prière courte
Michna Yoma 6:8Le bouc au désert
Michna Yoma 6:8Le fil qui blanchit
Michna Yoma 8:1Les cinq interdits
Talmud, Yoma 39bLe jour où le fil a cessé de blanchir
Choulhan Aroukh, Orah Hayim 610:4, glose du Rama · Michna Beroura 610:9 et 610:12Pourquoi une bougie brûle vingt-quatre heures
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