Roch HachanaLe sédèr des simanim.

Le Talmud en nomme cinq. Les communautés en ont fait des sédarim entiers, et aucun ne se ressemble. Voici les cinq que nous avons pu lire dans leur source, dans l'ordre exact où chacun les mange.

א

Dans cet ordre.

Choisissez un rite

Les aliments se replacent dans l'ordre où ce rite les mange. Ce qui n'en fait pas partie s'efface.

La pomme
La datte
La grenade
La courge
Le fenugrec
Le poireau
La blette
La tête
Le poisson
La betterave
La loubia
La figue
Le sésame
Les fèves
L'ail
Le miel

ב

D'où cela vient.

Abayé, dans le Talmud, à propos des signes qu'on prend au sérieux :

לְעוֹלָם יְהֵא רָגִיל לְמִיחְזֵי בְּרֵישׁ שַׁתָּא קָרָא וְרוּבְּיָא, כַּרָּתֵי וְסִילְקָא וְתַמְרֵי

« Qu'on prenne toujours l'habitude de voir, à la tête de l'année, la courge et la roubia, le poireau, la blette et les dattes. »

Talmud, Horayot 12a : lu sur Sefaria

ג

Chaque siman, et ce qu'il fait entendre.

La pomme

La pomme

תפוח

Trempée dans le miel : que l'année soit douce. C'est l'ajout du Rema, repris partout : sauf à Tunis, où la pomme est douce « comme la pomme », le miel ayant sa propre place.

La datte

La datte

תמר · יתמו

Tamar fait entendre yitamou : que cessent ceux qui nous veulent du mal. Le Ben Ich Haï en mange une, dit la formule, puis en mange une seconde.

La grenade

La grenade

רימון

Autant de mérites que la grenade a de grains. Certains disent « que nos mérites se multiplient », d'autres « que nous soyons remplis de mitsvot ».

La courge

La courge

קרא · תקרע · יקראו

Kra porte deux demandes d'un coup : que soit déchiré (tikra) le mauvais décret, et que soient lus (yikarou) nos mérites. À Djerba on la nomme kar'a, à Tunis on la mange en beignets au miel.

Le fenugrec

Le fenugrec

רוביא · ירבו

Le Choulhan Aroukh écrit « roubia, c'est-à-dire tiltan », et Rachi dit de même sur Horayot 12a. Le mahzor Koren le glose « חילבה ». C'est la lecture du texte.

La loubia

La loubia

לוביא · ירבו · לב

Le Ben Ich Haï écrit que la roubia est « ce qu'on appelle loubia en arabe », et Rav Khalfon de Djerba écrit pareil. En pays arabophone, on ajoute « outelabevénou » : le mot fait entendre lev, le cœur.

Le poireau

Le poireau

כרתי · יכרתו

Karti fait entendre yikartou : qu'ils soient retranchés. À Djerba, karat.

La blette

La blette

סלקא · יסתלקו

Silka fait entendre yistalkou : qu'ils s'écartent. À Djerba, salq. À Tunis, ce sont les épinards, en beignets au miel.

La betterave

La betterave

סלק · יסתלקו

Même jeu de mots, autre légume : le rite achkénaze prend la betterave là où le séfarade prend la blette.

La tête

La tête

ראש

À la tête et non à la queue. Tête d'agneau de préférence, en souvenir du bélier d'Its'hak ; à défaut, une tête de poisson. Le Ben Ich Haï écarte la tête de chèvre.

Le poisson

Le poisson

דגים

Féconds et nombreux comme les poissons. À Tunis, certains ajoutent, et veille sur nous d'un œil ouvert, car le poisson n'a pas de paupière.

La figue

La figue

דבלה

Elle ouvre le sédèr de Tunis, avant même la grenade et la pomme : que l'année soit douce comme la figue.

Le sésame

Le sésame

שומשמין · ירבו

Propre à Tunis : que nos mérites soient aussi nombreux que les graines de sésame.

Les fèves

Les fèves

פול · יפלו

Propre à Tunis : foul fait entendre yipolou, qu'ils tombent devant nous.

L'ail

L'ail

שום · יתמו

Propre à Tunis, où il porte la demande que d'autres attachent à la datte : que disparaissent de devant nous ceux qui nous veulent du mal.

Le miel

Le miel

דבש

À Tunis, le miel est un siman à part entière, avec sa propre bénédiction chéhakol : douce comme le miel, du début de l'année jusqu'à sa fin.

ד

La roubia : fenugrec ou loubia ?

תלתן · fenugrec
לוביא · loubia

C'est la question qui revient le plus souvent, et les textes ne disent pas tous la même chose. Le Choulhan Aroukh écrit « roubia, c'est-à-dire tiltan » (le fenugrec), et Rachi dit de même sur Horayot 12a. Le mahzor Koren le glose « חילבה », qui est le même mot.

Mais les autorités qui écrivent en pays arabophone lisent autrement. Le Ben Ich Haï, à Bagdad, écrit que la roubia est « ce qu'on appelle loubia en arabe ». Rav Moché Khalfon HaCohen, à Djerba, écrit exactement pareil : « et en arabe, loubia ». Pour une famille tunisienne, la réponse est donc la loubia, et elle vient d'un décisionnaire tunisien.

Les deux lectures sont anciennes et défendues. Ce n'est pas une erreur d'un côté ou de l'autre, c'est le mot roubia qui porte les deux.

ה

Les sources, rite par rite.

Rav Moché Khalfon HaCohen, Djerba

וכן רוביא (ובערבי לוביא) ואומרים יה״ר וגו׳ שירבו זכיותינו

« Et de même la roubia (et en arabe, loubia), et l'on dit : que se multiplient nos mérites. »

Brit Kehouna, Orah Hayim, Roch Hachana § 12, pages 209-210 · Djerba, 1941 · voir le fac-similé

Lu dans le fac-similé de la page, envoyé par un lecteur. C'est un décisionnaire de Djerba qui écrit ici, pour ses propres fidèles, que la roubia du Talmud est la loubia. Sur la même page il ajoute le poumon, le cœur et l'œuf à son sédèr, puis précise qu'on n'est pas regardant sur leur ordre : on prend ce qui est prêt.

Choulhan Aroukh, l'usage le plus répandu

Sources lues sur Sefaria : Talmud, Horayot 12a (Abayé) · Choulhan Aroukh, Orah Hayim 583, 1

L'ordre des simanim varie selon les communautés, les familles tunisiennes ont le leur. Suivez l'usage de votre famille.

Achkénaze, mahzor Koren

Sources lues sur Sefaria : Talmud, Horayot 12a (Abayé) · Mahzor Koren pour Roch Hachana, rite achkénaze

Le mahzor précise que la berakha « bore peri haadama » se dit sur la roubia, qu'il glose « חילבה » : le fenugrec, comme le Choulhan Aroukh.

Ben Ich Haï, usage séfarade arabophone

Sources lues sur Sefaria : Talmud, Horayot 12a (Abayé) · Ben Ich Haï, Halakhot 1re année, Nitsavim 4

Le Ben Ich Haï écrit que la roubia est ce qu'on appelle loubia en arabe, et qu'on dit sur la pomme « une année bonne et douce » sans ajouter « comme le miel ».

Djerba, Brit Kehouna

Brit Kehouna, Orah Hayim § 12, pages 209-210 · Rav Moché Khalfon HaCohen, Djerba 1941

Chaque siman porte son nom judéo-arabe : kar'a, loubia, salq, karat. Rav Khalfon écrit qu'on n'est pas regardant sur leur ordre : on prend ce qui est prêt. Les trois derniers sont en phonétique, la source ne les vocalisant pas.

Tunisie, l'usage de la feuille de miel

Sédèr de Tunis · feuille imprimée « Séder pour les deux soirées » et « La page de miel », concordantes · à Djerba, le Brit Kehouna suit l'ordre du Choulhan Aroukh

Recueil de coutumes, non un livre de décisionnaire, l'hébreu se lit dans le siddour de votre famille. En Tunisie, le pain du Motsi se trempe dans le sucre, et Chéhé'héyanou se dit une fois sur un fruit nouveau.

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